Pourquoi une seule feuille
Un problème mal posé produit des actions au hasard. L’A3 impose un ordre : on ne cherche pas de solution avant d’avoir mesuré la situation, et on ne déclare pas le problème réglé avant d’avoir mesuré le résultat de la même façon. La feuille tient au mur, près du poste : tout le monde voit où en est le problème.
Les huit cases, dans l’ordre
On les remplit de 1 à 8. On ne passe pas à la case suivante sans chiffre ni preuve.
- Contexte. Pourquoi ce problème, pourquoi maintenant ? Que coûte-t-il, et à qui ?
- Situation actuelle. Ce que vous avez vu sur place, et un chiffre mesuré, avec la façon dont il a été mesuré. Notez aussi où le problème est et où il n’est pas : cela élimine des causes avant même de les chercher.
- Objectif. Quelle valeur, pour quand, mesurée exactement comme en 2.
- Analyse des causes. Les causes possibles, classées par les 5M : méthodes, machines, matières, main-d’œuvre, milieu, auxquels on ajoute souvent la mesure. Puis la question « pourquoi ? » répétée jusqu’à la cause sur laquelle on peut agir. Une cause n’est retenue que vérifiée : par un essai, une mesure, une comparaison.
- Contre-mesures. Pour chaque cause vérifiée, ce qui change dans le processus. Pas « faire attention » : une règle, un réglage, un contrôle.
- Plan d’action. Qui fait quoi, pour quand, et si c’est fait.
- Résultats mesurés. Le même calcul qu’en 2, avant et après. Objectif atteint ? Sinon, retour en 4.
- Standardiser et partager. Ce qui devient la règle, et qui d’autre a le même problème.
Un exemple
Dans un atelier de découpe imaginaire, un support en tôle sort avec des bavures : une heure d’ébavurage à la main chaque jour, et un lot retourné par le client.
- Mesuré sur quatre semaines : 6,2 % des pièces ont une bavure, plus souvent en fin de lot, sur les deux équipes.
- Objectif : moins de 1 %, avec le même contrôle.
- Causes : la main-d’œuvre est écartée, puisque les deux équipes ont le défaut. Pourquoi des bavures ? Le poinçon est usé. Pourquoi ? Il dépasse 15 000 coups. Pourquoi ? L’affûtage n’est pas planifié. Pourquoi ? Personne ne compte les coups. Vérifié : après affûtage, les bavures tombent à 0,4 % puis reviennent vers 15 000 coups.
- Contre-mesures : compter les coups, affûter tous les 12 000 coups, contrôler le jeu du poinçon à chaque montage.
- Résultat, même contrôle : 0,7 % au lieu de 6,2 %. Objectif atteint ; l’ébavurage prend quelques minutes par jour.
- Standard : la fiche d’affûtage devient la règle, et les trois autres outils de découpe passent au même comptage.
Cet exemple est rempli en entier en seconde page du canevas à télécharger.
Les erreurs courantes
- Commencer par la solution. Si la case 5 est remplie avant la case 2, ce n’est plus un A3.
- Une cause supposée. « Sans doute la matière » n’est pas une cause tant qu’on ne l’a pas vérifiée.
- Un objectif mesuré autrement que la situation de départ. Le progrès devient impossible à prouver.
- S’arrêter au plan d’action. Sans la case 7, on ne sait pas si le problème est réglé ; sans la case 8, il revient.
Sources
- Managing to Learn, John Shook, Lean Enterprise Institute, 2008.
- Understanding A3 Thinking, Durward K. Sobek II et Art Smalley, Productivity Press, 2008.