Ce que mesure le TRS
Le TRS compare deux durées : le temps pendant lequel la machine devait produire, et le temps qu’il aurait fallu pour fabriquer les seules pièces bonnes à la cadence prévue. Un TRS de 70 % veut dire que 30 % du temps requis s’est perdu quelque part.
Le TRS mesure la machine, jamais les personnes. Il sert à trouver les pertes et à les retirer, pas à juger une équipe.
La décomposition des temps
La norme française NF E60-182 découpe le temps en quatre étages :
- Temps requis : le temps d’ouverture, moins les arrêts planifiés (pauses, maintenance prévue, absence de commande).
- Temps de fonctionnement : le temps requis, moins les arrêts subis (pannes, changements de série et réglages).
- Temps net : les pièces produites, divisées par la cadence théorique. C’est le temps qu’il aurait fallu en tournant à pleine vitesse, sans micro-arrêt.
- Temps utile : les pièces bonnes, divisées par la cadence théorique.
Trois taux en découlent, et le TRS est leur produit :
- Disponibilité = temps de fonctionnement / temps requis ;
- Performance = temps net / temps de fonctionnement ;
- Qualité = temps utile / temps net ;
- TRS = disponibilité × performance × qualité = temps utile / temps requis.
Le TRG fait le même calcul sur le temps d’ouverture tout entier : il intègre aussi les arrêts planifiés.
Les six grandes pertes
Chaque taux cache deux pertes. Ce sont elles qui disent où agir.
- Disponibilité : les pannes, et les changements de série et réglages.
- Performance : les micro-arrêts, ces arrêts de quelques secondes ou minutes que personne ne note, et la sous-vitesse, quand la machine tourne moins vite que sa cadence théorique.
- Qualité : les rebuts et retouches, et les pertes au démarrage, les pièces mauvaises le temps que le procédé se stabilise.
Un exemple
Une machine ouverte 8 heures, avec 30 minutes de pause : 7,5 heures de temps requis. Elle tombe en panne 30 minutes et passe 30 minutes en changement de série : 6,5 heures de fonctionnement. Sa cadence théorique est de 60 pièces par heure ; elle en produit 330, dont 315 bonnes.
- Temps net = 330 / 60 = 5,5 h ; temps utile = 315 / 60 = 5,25 h.
- Disponibilité = 6,5 / 7,5 = 86,7 % ;
- Performance = 5,5 / 6,5 = 84,6 % ;
- Qualité = 5,25 / 5,5 = 95,5 % ;
- TRS = 5,25 / 7,5 = 70 %.
Il s’est perdu 2,25 heures sur 7,5. La performance pèse autant que les pannes et le changement de série réunis : une heure entière disparaît en micro-arrêts et en sous-vitesse, sans qu’aucun arrêt n’ait été noté.
Les pièges courants
- Une cadence théorique sous-estimée. Prendre la cadence « habituelle » plutôt que celle de la machine gonfle la performance et cache la sous-vitesse.
- Des micro-arrêts oubliés. Ils ne figurent sur aucune feuille de production : seul un relevé au poste les montre.
- Un TRS moyen sur plusieurs machines. La moyenne masque la machine qui bloque tout le flux. Suivez d’abord le TRS du goulot.
- Le chiffre sans les pertes. Un TRS affiché seul ne dit pas quoi faire ; le classement des six pertes, si.
Sources
- NF E60-182, décomposition des temps et indicateurs de performance des moyens de production, AFNOR.
- ISO 22400-2, indicateurs clés de performance pour la gestion des opérations de fabrication, Organisation internationale de normalisation.
- Introduction to TPM: Total Productive Maintenance, Seiichi Nakajima, Productivity Press, 1988.